Vaginal Microbiota FR

Cet article est un extrait du PDF « Le Microbiote Vaginal », disponible en téléchargement gratuit.

Le débat sur la pertinence et l’existence de bactéries peuplant le tractus vaginal datait de 1870. La principale question tournait autour de l’origine des sepsis puerpéraux (sepsis au cours de l’accouchement) : étaient-ils dus à une contamination d’origine externe comme par exemple par les mains des médecins ou celles des sages-femmes ou était-ce un agent infectieux se trouvant déjà normalement dans le vagin ou l’utérus des femmes enceintes ?

En 1887, l’observation au microscope des sécrétions vaginales des femmes enceintes a permis à GÖNNER de mentionner la présence d’organismes pyogéniques (Staphylococcus,  Streptocococcus) et d’une multitude de bactéries qui n’étaient cependant pas cultivables.

Par contre Döderlein a constaté la stérilité des prélèvements urinaires mais la présence de cocci pyogéniques dans les secrétions vaginales. Il concluait fermement à une auto-infection des femmes enceintes pour expliquer les sepsis puerpéraux.

En 1892, Döderlein a publié une monographie intitulée « Das Scheidensekret » (sécrétion vaginale) rapportant l’étude bactériologique de sécrétions vaginales de presque 200 femmes. Ce travail supportait sa théorie d’une auto-infection mais l’importance était les descriptions et les images de bacilles vaginaux nommés bacilles de Döderlein puis Lactobacillus acidophilus en 1928.

Döderlein séparait les communautés bactériennes des femmes enceintes en 2 catégories :

–       communautés bactériennes normales dominées par les bacilles vaginaux

–       communautés bactériennes anormales dominées par les Streptococci et les Staphylococci

Il soutenait la théorie selon laquelle les lactobacilles vaginaux contenus dans les sécrétions vaginales normales maintenaient une acidité permettant la protection du vagin contre les bactéries pathogènes [RAMPERSAUD 2012].

Des années plus tard, il s’avérait que d’autres bactéries anaérobies strictes ou facultatives ainsi que des levures étaient également présentes, mais en nombre moins important que les lactobacilles, dans le vagin. De plus L. acidophilus n’est pas une seule espèce mais un complexe constitué d’espèces très proches. Les études d’homologie d’ADN ont permis de départager ce complexe en L. jensenii, L. casei, L. gasseri, L. crispatus, L. plantarum, L. fermentum, L. cellobiosus, L. brevis, L. minutus et L. salivarius. Il est intéressant de noter que L. minutus a été reclassé en 1992 dans un nouveau genre Atopobium et nommé Atopobium minutum [HICKEY 2012].

Plus de 120 espèces de Lactobacillus ont été répertoriées dans le monde or seul un peu plus de 20 espèces ont été détectées au niveau vaginal.

Les techniques de biologie moléculaire ont montré que la flore vaginale d’une femme saine ne contenait pas un grand nombre d’espèces lactiques différentes mais au plus de 1 à 2 espèces appartenant à L. crispatus, L. iners, L. jensenii et L. gasseri. Les autres espèces sont rares, d’abondance faible et semblent appartenir à de nouveaux phylotypes [LAMONT 2011].

De la naissance à la ménopause

L’écosystème vaginal à la naissance et durant la petite enfance

Peu de temps après l’accouchement, l’épithélium vaginal du nourrisson est riche en glycogène suite à l’apport d’œstrogène maternel créant ainsi un environnement propice au développement de bactéries lactiques. Le pH vaginal est neutre ou légèrement alcalin.

Du fait de l’absence d’hormones gonadiques et surrénales et d’une baisse d’œstrogène disponible, la prévalence des bactéries productrices d’acide lactique diminue [HAN 2009] Þ le pH vaginal neutre ou légèrement alcalin durant la petite enfance favorise le développement de bactéries aérobies et anaérobies facultatives [SHAFER 1985].

La flore vaginale d’adolescentes

Parallèlement à la maturation surrénale et gonadique, les cycles hormonaux s’établissent et les menstruations commencent. L’oestrogène produit à mi-cycle induit la formation de pics de glycogène dans l’épithélium vaginal favorisant le développement de bactéries productrices d’acide lactique.

Le microbiote vaginal des femmes en âge de reproduction

396 femmes en âge de reproduction, asymptomatiques pour les maladies vaginales  et sexuellement actives ont été recrutées pour une étude dont les buts ont été :

– établir une corrélation ou non entre la composition de certaines communautés bactériennes vaginales et le pH vaginal permettant de mettre en évidence leur performance ou participation dans le maintien d’une bonne santé vaginale

– établir une corrélation ou non entre la composition de certaines communautés bactériennes vaginales et le score de Nugent

– évaluer l’abondance relative de certaines espèces bactériennes qui pourrait refléter un antagonisme ou une interaction entre les différentes espèces.

Globalement on constate que toutes les communautés bactériennes avaient des membres qui synthétisent de l’acide lactique comme par exemple Lactobacillus, Megasphera, Streptococcus ou Atopobium, ce qui laisse à penser que la production d’acide lactique est maintenue dans toutes les communautés malgré leur composition bactérienne différente.

Variation du microbiote vaginal durant les cycles menstruels [GAJER 2012]

vagmic1

Le dynamisme temporel des communautés bactériennes vaginales a été évalué sur 32 femmes en bonne santé et en âge de reproduction. Pour cela des prélèvements vaginaux ont été effectués 2 fois/semaine sur une période de 16 semaines.

L’étude a montré que certaines femmes avaient des communautés bactériennes vaginales qui évoluaient considérablement sur un laps de temps très court tandis que d’autres femmes en avaient qui étaient relativement stables même chez celles ayant des communautés bactériennes pauvres en Lactobacillus sp.

Les menstruations avaient un impact négatif considérable sur la stabilité du microbiote de même que les rapports sexuels. Cependant ces fluctuations n’entrainaient pas automatiquement une perte de performance du microbiote comme par exemple la production d’acide lactique qui est assurée par d’autres membres de la communauté. On peut néanmoins penser que la susceptibilité aux maladies pourrait se produire durant les fluctuations du microbiote vaginal [GAJER 2012].

Microbiote vaginal de femmes saines en âge de reproduction, de stade intermédiaire ou atteintes de vaginose bactérienne

L’étude réalisée par SHIPITSYNA E. et al. visait à évaluer en détails, les microbiotes vaginaux de femmes saines ou atteintes de vaginose bactérienne dans le but de déterminer les espèces bactériennes discriminantes pour le diagnostic de la maladie.

De grandes différences dans la distribution de genres et d’espèces bactériennes ont été constatées dans les 3 groupes.

  • · vagmic2Groupe contrôle (n=79)

– Les femmes saines avaient un microbiote vaginal dominé par Lactobacillus spp. estimé à environ 90% des séquences analysées

– L. iners et L. crispatus prédominaient sur les autres lactobacilles

  • · Groupe intermédiaire (n=11)

– L. iners et G. vaginalis prédominaient sur les autres espèces et étaient estimés à presque 75% des séquences analysées.

  • · Groupe souffrant de vaginose bactérienne (n=73)

Le microbiote vaginal de ces femmes contenait une grande variété d’espèces bactériennes :

– G. vaginalis (29,1% des séquences)

– Prevotella (13,2%)

– Megasphaera type 1 (10%)

– A. vaginae (7,1%)

– L. amnionii (6,8%)

– L. iners (6,6%)

– BVAB1 (6,1%)

– BVAB2 (6,3%)

– S. sanguinegens (4,3%)

– Eggerthella (1,2%)

Microbiote vaginal des femmes ménopausées

La ménopause est marquée par une production réduite d’œstrogène avec comme conséquence une sécheresse vaginale et une atrophie de l’épithélium vaginal.

Lorsque le taux d’œstrogène chute, celui du glycogène baisse également entrainant une réduction de lactobacilles et une augmentation du pH vaginal car le glucose n’est plus converti en acide lactique.

Dans une étude d’évaluation de la santé vaginale de 921 femmes âgées de plus de 40 ans par coloration de frottis vaginaux et observation au microscope, seul 46,3% de femmes ménopausées sans traitement hormonal (273/590) avaient une flore vaginale normale riche en lactobacilles déterminée par le score de Nugent (score compris entre 0 et 3) [CAUCI 2002].

Ménopause et sécheresse vaginale : implication du microbiote vaginal

HUMMELEN R. et al. ont réalisé une étude clinique dont le but est double :

–       caractériser les microbiotes vaginaux des femmes ménopausées en bonne santé vaginale versus celles souffrant de sécheresse vaginale

–        examiner les différences dans l’expression des gènes de l’épithélium vaginal entre ces 2 communautés

* 119 OTU (Operational Taxonomic Units) ont été détectés, chacun correspondait à un taxa bactérien.

Les microbiotes des femmes saines (pas de sécheresse vaginale ou faible sécheresse vaginale) avaient une diversité bactérienne faible avec une dominance de lactobacilles appartenant aux espèces L. iners et L. crispatus.

Par contre ceux des femmes souffrant de sécheresse vaginale modérée ou sévère avaient une réduction en abondance de lactobacilles et une importante diversité bactérienne. Leurs microbiotes vaginaux étaient riches en Prevotella timonensis (OTU_6), Porphyromonas (OTU_9), Peptoniphilus (OTU_27) et Bacillus (OTU_34). De plus une corrélation inverse s’établissait entre les ratios de Lactobacilles et la sévérité de la sécheresse vaginale.

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Références

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HUMMELEN R., MACKLAIN J.M., BISANZ J.E., HAMMOND J.O., McMILLAN A., VONGSA R., KOENIG D., GLOOR G.B. & REID G. Vaginal microbiome and epithelial gene array in post-menopausal women with moderate to severe dryness. PLos ONE, 2011, 6,1, e26602
LAMONT R.F., SOBEL J.D., AKINS R.A., HASSAN S.S., CHAIWORAPONGSA T., KUSANOVIC J.P. & ROMERO R. The vaginal microbiome: new information about genital tract flora using molecular based techniques. BJOG, 2011, 118 (5), 533-549. Doi: 10 1111/j.1471-0528.2010.02840.x.
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SHIPITSYNA E., ROOS A., DATCU R., HALLEN A., FREDLUND H., JENSEN J.S., ENGSTRAND L. & UNEMO M. Composition of the vaginal microbiote in women of reproductive age-sensitive and specific molecular diagnosis of bacterial vaginosis is possible? PLos ONE, 2013, 8 (4): e60670. Doi: 10.1371/journal.pone.0060670.

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